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Economie Solidaire et culture, mythe ou réalité ?
voir l’article sur le colloque "Economie Solidaire et culture"
Interview de Julien Costé de Art’Syndicate
Julien peux tu nous présenter Art’Syndicate ?
Art’Syndicate est une structure de production de spectacles. Quand l’artiste trouve un organisateur pour diffuser son œuvre, il a besoin d’une structure de production qui fasse l’intermédiaire entre l’organisateur et l’artiste pour vendre le spectacle et salarier l’artiste.
Un peu comme un agent ? Ça se rapproche de cela. L’objet de l’association c’est l’accompagnement de projets artistiques et culturels, je conseille les groupes je les encadre non seulement administrativement , je participe aussi au développement de leur carrière, je travaille à leur budget de production, de diffusion, je fais de la recherche de financement. L’intérêt c’est que les artistes puissent se focaliser sur ce qu’est leur travail et qu’ils puissent s’appuyer sur Art’Syndicate pour les papiers, l’environnement légal.
Sur quel territoire interviens-tu ? Je travaille quasi exclusivement avec des groupes régionaux . je suis ancré sur le territoire, et je m’occupe des contrats des groupes quand ils jouent en dehors de la région.
Combien de groupes sur la région travaillent avec toi ? Je travaille avec 4 groupes que j’accompagne plus précisément et avec une quinzaine d’autres selon les besoins des adhérents
On en vient au projet de débat, qu’est ce qui t’a rapproché de l’ARDES ? On avait initié avec Pascal Gourdeau, suite au mouvement de 2003 des intermittents du spectacle, une ébauche de coopérative, pour voir ce qu’il était possible de faire dans le milieu culturel en terme de mutualisation par exemple de salles, de matériel. il y avait aussi Marco Bataille. On a travaillé avec Pascal et l’ARDES et puis ça a abouti à presque rien, nous n’étions pas assez nombreux sur ce projet. L’année dernière, Pascal m’a soumis cette envie de confronter les thèses de l’économie solidaire au secteur culturel, depuis un an on travaille dessus. Comme structures il y a Art’Syndicate, le Bazarnaom, les Ateliers Intermédiaires, le cirque du docteur Paradis, l’association Mandarine, le Théâtre du signe, le théâtre de la Boderie ...... L’évènement se présente comment ? C’est deux journées et trois débats au Cargö à Caen : le vendredi 21 et le samedi 22 Novembre. L’après midi un premier débat intitulé “Se fédérer pour exister”. On va questionner les regroupements plus politiques : les fédérations, les syndicats, les gens du COUAC à Toulouse, l’ADADA (Association de Défense des Artistes et de Développement des Arts), savoir quel cadre se donnent les artistes. Comment peser sur les politiques culturelles ? Par exemple à Toulouse le COUAC est l’interlocuteur de la municipalité. Le but est de confronter ce qui se fait au niveau national avec ce que l’on peut faire nous en région. A la fin de l’après midi, apéro concert avec le “Collectif Jazz Manouche” .
Le samedi matin : débat intitulé “Mutualisation une solution, quelles limites ?” Avec les exemples des “Ateliers Intermédiaires”, le Bazarnaom” qui tous deux gèrent un collectif de structures, un lieu commun. A côté de cela on aura d’autres expériences, le groupement d’employeurs ”BCBG” du Havre qui existe depuis 10 ans, également un réseau qui est à Paris qui s’appelle “Actes Ifs” (réseau solidaire des lieux culturels franciliens). Le samedi après midi on aura un débat tout public “Démocratisation culturelle et économie solidaire” ; on sera dans le questionnement de la place de l’artiste sur le territoire et le rôle du public dans les actions culturelles initiées par les structures. Il y aura comme intervenants locaux, le théâtre de la Boderie qui travaille en milieu rural dans l’Orne. On verra quelles implantations ils ont, quelle ouverture avec les collectivités et avec les habitants. Le cirque du docteur Paradis nous parlera des actions qu’il mène dans les quartiers à Lisieux, à Cherbourg. Intervention également des OMACS (Office Municipal d’Action Culturelle) liés au réseau ODAC du Calvados, un réseau de diffusion initié par Jean Pierre Tiphen, je crois. Ce sont des associations de bénévoles locaux qui sont encadrées par le Conseil Général, qui programment eux même et accueillent des spectacles. Ce sera très intéressant de savoir où ils en sont, comment ils ont monté cela .
C’est une initiative qui vient du public ou de l’ODAC ? C’était une initiative de l’ODAC qui s’est tout de suite appuyée sur des équipes de bénévoles dans les communes, ceux ci interviennent à la fois au niveau de l’accueil des spectacles mais aussi et surtout sur les choix de programmation. Il y a sept villes du Calvados concernées : Evrecy, Aunay sur Odon Douvres la Délivrande, le Molay Littry Thury Harcourt .....
Tu crois que cela ne peut pas se faire en milieu urbain ? Je ne crois pas avec le théâtre de Caen ou la Comédie de Caen, mais je crois savoir que dans certains théâtres , après les années 70, des associations des amis du théâtre participaient réellement aux choix de programmation. Là on était dans la continuité du TNP de Vilar, mais cela s’est vraiment perdu. Pour que cela puisse fonctionner il faut qu’il y ait une bonne entente, une bonne coordination entre le directeur et l’association.
Le choix du Cargö pour la tenue de cet événement ? C’est le choix d’impliquer des structures plus importantes que celles qui organisent, on ne veut pas dire “on est des précaires on fait un truc entre nous, le Cargö, le CDN ça ne nous concerne pas”. Le Cargö a à voir avec les questions que l’on traite, après il y a aussi une question de lisibilité de l’évènement tout simplement, on souhaite que le public soit concerné et pas seulement les acteurs culturels, et puis le Cargö nous a ouvert ses portes.
Planète positive monte un évènement à la même période y a t il des liens entre vous ? On va faire une communication commune, eux organisent un événement, des concerts au Zénith ils présentent des stands liés à des thèmes qui leur sont chers, surtout liés au développement durable, à l’écologie. On a accordé nos violons pour faire en sorte qu’il n’y ait pas de discordance notamment par rapport à la Mairie de Caen, notre interlocuteur commun. Il y aura un lien entre nous qui sera la radio Bazarnaom qui retransmettra les débats au Cargö et les concerts au Zénith sur le Web www.radio bazarnaom.com
Et la lutte des intermittents du spectacle ? On n’a absolument rien obtenu ça c’est clair ! Depuis on subit, devant l’échec des luttes, on butte au quotidien contre ce protocole, avec comme motivation première de pouvoir subvenir à nos besoins, travailler plus pour continuer de gagner ce que l’on gagnait avant.
Ce n’est pas évident de mobiliser tous ces gens là, 2003 c’est quelque chose de particulier, encore très proche pour les artistes et les techniciens et se projeter dans une lutte comme celle là, c’est vraiment très délicat surtout du fait de la précarité qui n’a fait qu’augmenter. Avec le protocole, ils ont obtenu ce qu’ils voulaient : freiner l’entrée dans ces professions et en faire sortir ceux qui étaient précaires.
Jean Berger
Echosolidaire N°47