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Quels partenariats à constituer pour que les séjours des jeunes dans les pays en développement génèrent de la solidarité ?
ATELIER N°27 Université d’été du Crid, Nantes, 2-5 juillet 2008
lundi 8 décembre 2008 par administrateur
Animation de l’atelier : Annie Berger, « Association Régionale pour le développement de la l’Economie Solidaire », Danielle Touré-Roberget, présidente de « Eau-Vive », Hervé Bernard, permanent du « Citim », centre Ritimo de Basse-Normandie.

Cet atelier ne cherche pas à traiter de l’ensemble des questions qui concernent les rapports des jeunes avec les pays en développement, ou avec la solidarité internationale mais voudrait poser la question suivante : comment les actions menées par les jeunes nombreux jeunes qui veulent « partir », peuvent contribuer à « générer de la solidarité », c’est à dire à faire quelque chose pour que le monde change, de manière à ce que les sociétés deviennent plus justes, plus fraternelles ? Pourquoi ce partenariat avec ces associations, ici, à l’Université d’été du Crid, l’ARDES, et une ONG, « Eau-Vive » et le Citim, un centre Ritimo ? Parce que le principe qui les anime, ici, au Nord, comme au Sud, est de veiller à ne pas « parachuter » les « projets » mais à faire participer les gens à la conception et à la mise en œuvre des actions qui « font leur vie ». Ce principe doit pouvoir inspirer aussi les actions de jeunes, et nous sommes persuadés qu’ils peuvent effectivement participer à générer de la solidarité dans le monde. Mais nous devons dire que cela ne coule pas de source car toue pratique Nord-Sud, même de bonne volonté, ne produit pas de la solidarité. Pour atteindre cet objectif, il faut réunir certaines conditions, privilégier certains types de projets, et il faut impérativement que les jeunes bénéficient d’accompagnements et de l’appui de partenariats constitués spécialement dans cet esprit. La solidarité est liée à la capacité des gens interdépendants à co-élaborer leurs conditions de vie sur la base de relations qui ne soient pas fondés sur des rapports dominants/dominés, à participer à la dynamique de leur territoire dans une démarche démocratique. Cela implique, nécessairement que les gens aient conquis une capacité à prendre la parole pour leur compte. Nous voudrions montrer, dans les cas que nous allons présenter, que ces séjours des jeunes dans les pays du Sud, provoquent des « événements de rencontre » qui les métamorphosent souvent, et qui peuvent, à certaines conditions, contribuer à les faire s’affirmer en tant que citoyens. Le Citim a accompagné des jeunes qui sollicitaient l’aide à la « mobilité internationale » administrée par la Mission Coopération Décentralisée-Droits de l’Homme du Conseil Régional de Basse Normandie (CRBN) afin de leur permettre d’élaborer un « projet ». Le nombre de jeunes qui a été directement ou indirectement concerné par ce travail est d’environ 130 en 2007. Il y a eu des départs en groupes, des séjours de classes, tous n’ont pas été vus individuellement et tous n’ont pas donné suite ou abouti leur idée. 70 sont « partis » effectivement, seuls, en groupe, avec ou sans encadrement, et ils avaient des projets dont les objectifs, le statut et les durées étaient assez différents.

Le Citim en tant centre Ritimo de Basse-Normandie dispose d’une expertise spécifique sur les publics « jeunes » et en particulier sur les moyens de les faire réfléchir avant d’engager une démarche en direction des pays du Sud. Les jeunes veulent « bouger » et « être utiles » là-bas et ces voyages sont une occasion exceptionnelle de vivre une expérience qui, selon la manière de la penser, peut transformer leur vision du monde et donc contribuer à former leurs convictions. Les associations de solidarité internationale se sont toujours donné une mission d’Education Au Développement en considérant qu’une réflexion et une démarche de pensée élaborée sur les sujets qui agitent le monde et son avenir est souhaitable pour tout citoyen.

Le travail du Citim et du CRBN dans la mise en place de la politique de « mobilité internationale » des jeunes s’est faite non seulement dans la définition et l’accompagnement de ce que le jeune va « faire » là-bas, mais, aussi dans la mise en évidence de ce que peut apporter son action à la Basse-Normandie, à l’issue de son séjour à l’étranger. Le fait que les séjours de ces jeunes soient financés par des impôts amène en effet à se poser la question de la valeur de leur action en tant que contribution à l’intérêt général, au Nord, et pas seulement au Sud. C’est une « certaine citoyenneté » qui doit, alors, être produite. Cette éducation à la citoyenneté est nécessaire pour comprendre le monde contemporain de plus en plus complexe et interdépendant. De telles actions d’éducation, dans ce contexte, doivent permettre, selon nous, de réfléchir à la construction d’un monde plus solidaire. Cet objectif vise donc en tout premier lieu les jeunes en tant qu’ils sont en cours de formation personnelle et professionnelle dans le long parcours qu’est actuellement l’itinéraire incertain à l’issue duquel ils deviennent « adultes ». De manière générale les séjours de jeunes à l’étranger sont chaque année plus nombreux, et parmi eux, certains veulent aller « dans les pays en développement ». Des aides de nombreuses institutions privées et publiques les encouragent à monter leurs « projets », soit pour des stages, soit pour des études, soit pour avoir une expérience professionnelle, soit pour mener une action de solidarité, soit pour la pure « aventure ». Ces voyages, marquant une étape dans leur « processus de maturité », nécessitent un accompagnement spécifique 1 utile pour tout séjour dans un pays étranger, mais indispensable quand la différence culturelle est grande. Bon nombre de ceux qui veulent aller dans un pays en développement expriment le souhait de donner à leur séjour une dimension appelée « humanitaire », montrant avec ce qualificatif qu’ils veulent que leur démarche ne soit pas que professionnelle ni qu’on les considère, ici et là-bas, comme intéressés ou comme touristes. Ils veulent que l’utilité sociale, la valeur humaine de leur action, soient reconnues. Ils veulent être « vraiment » intégrés à la population. Ils sont en attente de rencontres et d’échanges au sein d’un univers culturel exotique. Ils aspirent à y vivre des moments d’émotions et ambitionnent d’apporter ou d’y faire quelque chose d’utile, de donner « concrètement » de leur richesse affective et/ou matérielle.

Nous avons, au cours de ces deux ans et demi, cherché à ce que dans l’esprit des jeunes, le projet ne se décline pas essentiellement autour du « commerce des objets [qui] tient lieu de communication » 2 en tentant de placer l’expérience de rencontres et d’échanges interpersonnels au cœur de leur démarche dans une perspective de formation interculturelle, c’est-à-dire, qui prenne en compte, découvre, respecte, et s’ouvre à la singularité du pays d’accueil.

Nous avons, dans ce but, organisé des ateliers d’écriture dans le cadre de l’accompagnement des projets des jeunes, (sur la base du volontariat, le refus de participer aux ateliers n’entraînant aucune sanction de quelque ordre que ce soit). Cette action éducative par « l’écriture de création » a été possible grâce à un partenariat entre le Citim et les Ceméa de Basse-Normandie (Centre d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active) qui ont une longue expérience en ce domaine . Nous avons cherché à préparer les jeunes, par le langage, à l’expérience du « voir », du voir autrement, puisqu’ils allaient être confrontés à du différent, ou en revenaient... Nous avons utilisé le langage écrit, individuellement et en groupe, pour faire d’actions personnelles dont l’objectif était parfois incertain et l’acquis pas toujours discernable, des « formation de citoyens ». Ils ont pu accéder à l’idée que leurs démarches personnelles au Sud, pouvaient être, à certaines conditions, des actes de micro-politique, par leur capacité conquise de prise de parole sur leur vie et sur le monde, là-bas, et ici.

Quelle est la spécificité de l’approche commune entre les Ceméa et le Citim dans cette action ?

Nous avons donné une importance dans le « projet », non pas à ce que le jeune « raconte » « sur » le pays, à son retour, mais sur l’effet de ce que la rencontre avec le pays avait produit en lui. En effet les jeunes ne sont pas des experts, et ils ne peuvent pas se prévaloir, à leur retour, d’une compétence pour faire des conférences, ou des prestations dans les écoles, ou ailleurs sur des sujets spécialisés... Ils ont vécu une première expérience de vie à l’étranger, un ou deux mois environ, dans un pays si différent du leur, ce qui ne donne aucune légitimité pour parler, au retour, sur ce pays, en tant qu’expert. Par contre ils ont toute légitimité à parler de leur « affect », de leur rencontre avec le pays, son climat, sa nature, ses habitants, leurs pensées, leurs mode de vie, leurs croyances... Ils ont aussi à parler de leur propre parcours de rencontre avec ces gens qui les ont accueillis, et qui les ont aidés à vivre chez eux. C’est souvent difficile d’expliquer à des jeunes qui veulent partir pour « faire des choses », réaliser des chantiers, apporter du matériel ou du savoir, bref, « travailler » afin de « hanger-concrètement-la-situation-de-vie-des-gens-de-là-bas » que ce séjour changera surtout leur propre vision du monde, des autres et d’eux-même, et que ce doit même être l’objectif essentiel à expliciter pour qu’il structure leur « projet ».

Quelle est l’expérience de la rencontre avec le pays, avec les habitants ? Ils ont généralement beaucoup de mal à répondre à cette question, surtout quand ils restent centrés sur le « faire » et sur « l’utilité » de l’action. La mise en évidence de cette expérience de vie nécessite, impose, la mise en mot. Écrire, c’est ainsi conquérir l’expression. Il faut accéder à l’écriture de création, c’est à dire se mettre à parler pour son compte... Alors l’appropriation de l’expérience de vie par les mots permet des échanges ici, et la possibilité de dialoguer est une des conditions de la vie citoyenne. C’est pourquoi nous considérons que les ateliers d’écriture, organisés dans cet esprit sont des moyens de développer des capacités de lien pour les jeunes, non seulement là-bas, mais « ici », et nous affirmons que c’est par la production de pensée et de mots que nous rendons possible les bases d’un dialogue citoyen. Grâce à l’écriture ils ont fait de leur histoire, un acte vital, approprié par eux dans la durée. Ils sont devenus adultes. Ils sont changés d’autant plus et mieux qu’ils ont les mots et la confiance des autres pour dire le changement provoqué par l’expérience de la rencontre, l’incommunicable, l’inénarrable qui se couche néanmoins sur la feuille, et en cela ils sont « eux-mêmes ». La plupart d’entre eux partent pour cela, même s’ils ne le disent pas toujours explicitement... Comme le font remarquer très judicieusement nos collègues belges de l’association d’éducation au développement Iteco, « on peut se demander si les voyages d’immersion dans les pays en voie de développement, ne sont pas en passe de devenir une (...) nouvelle forme de rite de passage entre l’adolescence et l’âge adulte pour les jeunes ? ».

Donc nous avons voulu mettre en évidence dans ces projets, une « part » qui n’apparaît pas dans le « chantier » de maçonnerie lors de la construction du dispensaire ou de la case santé, une « part » qui se cache dans le non-dit du discours du jeune « porteur de projet », qui reste généralement invisible, non photographiable. On peut appeler cette « part », la production du « respect » de l’Autre, la production de « neurones », l’approche du génie du peuple hôte, et la part événementielle de la rencontre, la gratuité absolue celle qui donne du sens et valeur à la vie si et quand elle est « passée » au langage. Sans langage, pas de sens, pas lien avec les autres... C’est à la mise en lumière de cette « part événementielle » que nous avons travaillé, et nous en avons fait un pièce de théâtre en s’appuyant sur les écrits des jeunes et les ressources d’une compagnie professionnelle partenaire, le Papillon Noir Théâtre. Cette pièce soutenue par le Conseil Régional et l’Acsé intitulée « Mais pourquoi donc aller chez les autres » est jouée par 5 comédiens. Elle est suivie d’un débat. Nous avons voulu, ainsi, faire réfléchir sur le regard, traverser les évidences 3, sortir des idées reçues et des images toutes faites, refuser les clichés et les illustrations de voyages, et nous pensons que pour cela, il faut créer. Comme demain est à créer. Et écrire permet cela.

Écrire, c’est être l’artiste de son propre événement de rencontre. Advient alors la parole singulière. Pas de citoyenneté sans des personnes porteuses de leurs propres capacités de parler. A retour, les ateliers d’écriture ont permis aux jeunes non seulement de s’approprier les acquis de l’expérience, ce qui est toujours très difficile, mais de définir comment ils l’intégraient ici, ensuite, dans une forme d’engagement...

La réflexion menée avec des jeunes, et avec les partenaires institutionnels a permis d’exprimer une position sur ces voyages : les jeunes, s’ils sont pris en compte en tant que « jeunes », ils ne peuvent pas, alors, être considérés comme « bailleurs de fonds » ou experts en développement. Le plus important, pour eux et pour la qualité des relations engagées là-bas, est donc ce qu’ils vont « apprendre » et « vivre ». Ce qu’ils vont « apporter » au Sud, est non pas dérisoire, car cela a toujours des conséquences à apprécier sérieusement, mais doit être au service de la rencontre inter-humaine. Cela nous a amené à penser que nous devions construire des partenariat Nord-Sud qui permettent d’accueillir de jeunes dans des conditions où ils ne projettent leurs propres besoins culturels sur les autres, ni à « naturaliser » universellement les valeurs occidentales. Les structures du Sud qui « acceptent » un jeune, même si celui-ci vient pour « aider », doivent ainsi lui dire d’abord qu’il doit d’accéder à la singularité du pays qu’il découvre, et ils doivent accepter de le guider dans cette démarche d’apprentissage... Il faut aider ces jeunes à « chercher ». Il faut que le jeune soit persuadé qu’un accompagnement sur place est indispensable pour sa recherche de sens pendant son séjour. Toute personne mise dans une situation inconnue est un chercheur et l’objet de la recherche, le centre d’intérêt, doit être co-construit par les deux interlocuteurs, Nord et Sud. Il convient donc que le jeune français demande à être aidé par son partenaire pour mener son projet. Certains dossiers de jeunes ont amené des responsables partenaires au Sud, dont Eau-Vive, à prendre conscience des dégâts causés par l’existence, chez eux, de personnes qui animent un « marché » international de la misère en vue d’attirer les « petits jeunes » occidentaux (via Internet, mais pas seulement)... Il faut oser le dire : tous les partenariats ne se valent pas. Beaucoup d’images et de discours « humanitaires » laissent croire qu’il est forcément « bien » d’aller, pour les « aider » chez des gens dont on ne connaît rien, simplement parce qu’ils ne semblent pas avoir le même niveau de vie que nous, ou qu’ils ont d’autres relations sociales, politiques et valeurs que les nôtres... Et il faut aussi être conscient que ce genre d’attitude amène forcément, à ce qu’au Sud, des personnes ou des organisations trouvent un intérêt -prestige, notoriété, espoir, et pas seulement enrichissement- à soutenir et développer ces actions qui transfèrent toujours des biens, de l’argent et qui génèrent aussi du « pouvoir symbolique », (dont le jeune Occidental bénéficie aussi, parfois...). Elles cherchent donc à attirer ces jeunes Occidentaux naïfs. Ces dérives « Sud » sont donc en partie une conséquence des pratiques « Nord », et elles s’entretiennent mutuellement « à coup de projets d’aide » intitulés souvent « humanitaires », le terme repris volontiers par ces jeunes. Un exemple est donné par cette réflexion entendue au Mali : « Ah ! il a beaucoup plu cette année, comme vais-je faire pour prendre les photos d’ambiance désertique qui me permettent habituellement de trouver de l’argent... » Une participante à l’atelier à Nantes fait remarquer que le choix du Conseil Régional de Basse-Normandie de subventionner des jeunes qui partent « pour simplement » « produire des neurones » est, à sa connaissance, très exceptionnel. Les politiques d’aide aux projets de solidarité sont très diverses en France selon les lieux et les institutions, et à l’intérieur de la même institution il y a parfois des contradictions. Mais le plus souvent c’est la qualité « d’aide concrète » (chantier, ou autre transfert) apporté par le jeune qui est considérée comme intéressante. Beaucoup de financeurs mais aussi la plupart du temps les proches et les copains des jeunes valorisent ces « chantiers » plutôt que tout autre acquis considéré comme « abstrait », et donc plus ou moins « inutile ». Ces objectifs de « transferts » étant imposés pour obtenir le financement, le travail des professionnels de l’éducation en charge de l’accompagnement des jeunes consiste donc principalement à apprécier le degré de réalisme et de faisabilité de leur « travaux » plutôt qu’à s’intéresser à la dimension éducative, ou interculturelle de l’action... Certains jeunes, au retour, expriment leur regret de ne pas avoir été prévenus avant, de la difficulté, ou de l’impossibilité de réaliser leur « projet ». A Caen, des jeunes ont lu, dans le cadre d’un présentation des actions menées avec le Conseil Régional, un texte par lequel ils interrogeaient publiquement les financeurs, en leur demandant pourquoi ils leur avaient octroyé une aide pour faire des projets dont ils auraient dus savoir qu’ils n’étaient pas capables de les mener à bien... Dans la mise au point de ces dossiers de projets de « construction de quelque chose de concret », il manque souvent une véritable présence d’un partenaire Sud « fiable » dans la définition du « besoin », et ce fameux « besoin » est souvent un simple copier-coller de ce qu’on considère, nous-mêmes comme indispensable. De plus, afin de construire une projet « équitable », il conviendrait d’introduire la notion de réciprocité, c’est à dire de définir ce que le jeune Français retire de sa présence là-bas, et de préciser en quoi consiste le besoin de ce jeunes Français : de quoi le jeune Français a-t-il besoin, lui-même, dans cette relation qu’il sollicite ? Bien peu d’interlocuteur, au Sud sont en position pour lui poser cette question, et surtout pour exiger une réponse. Et, il faut bien le dire, la plupart du temps, c’est essentiellement une expérience de vie que le jeune veut avoir, et il prétexte pour cela une « place » d’humanitaire comblant un « besoin » chez les autres... Mais le premier interlocuteur qui exprime le « besoin » d’un puits ou d’une case de santé n’est pas forcément le plus apte à réunir les conditions d’un accueil éducatif « réciproque »... On ne peut pas improviser un véritable « partenariat ». Encore une fois, répétons-le, tous les « partenaires », Nord et Sud, ne se valent pas. Nous avons une responsabilité à soutenir la constitution de réseaux qui défendent notre approche des relations internationales. Une participante à l’atelier qui a une longue expérience de ces échanges, souligne que, dans sa région, la dimension « affective » prévaut pour l’appréciation des projets de jeunes. En particulier les jurys des dossiers de projets ont tendance à valoriser une démarche consistant au « soulagement de la pauvreté » grâce à du matériel collecté et transporté sur place, ou une action pourtant visiblement « délirante » comme d’apprendre les règles d’hygiène à des femmes Africaines. Ce genre de dossier sera toujours préféré à une action bien montée, rationnelle, préparée avec soin mais qui n’est pas si « spectaculaire ».

Plusieurs participants insistent sur le fait qu’on ne prête pas suffisamment d’attention à ce qui peut être effectivement réalisé par des jeunes dans des séjours qui sont généralement de courte durée. Le résultat ne peut être que fort modeste quand ils résident un mois ou deux dans un pays qu’ils ne connaissent pas... Il serait donc important de rechercher des partenaires qui puissent mettre en première place dans leurs accords des objectifs de rencontre, la découverte de la réalité socio-politique et de la culture de l’hôte, pour que les jeunes puissent constater comment les gens prennent leur vie en main. Un Togolais donne un exemple de projet contre productif. Un groupe de jeunes Français est venu chez lui pour construire une « unité mobile de santé ». Il s’est avéré que ces Français n’ayant aucune des compétences pour faire les travaux sur le véhicule, le projet n’a pas abouti, l’échec engloutissant les espérances des Togolais « partenaires-bénéficiaires de l’action », jeunes eux-aussi. Au-delà de cet exemple, l’intervenant attire l’attention sur la multiplication des « projets » dits humanitaires des jeunes Français en Afrique. Il faut, selon lui, prendre au sérieux le risque que ces désillusions se multiplient et qu’un ressentiment à l’égard des jeunes Français ne s’installe dans les pays d’Afrique, en particulier chez les jeunes, les promesses non tenues pouvant augmenter avec l’accroissement du nombre des « projets ». Il y plusieurs sortes d’aide. Il y a des aides qui sont utiles. Il y en a qui ne servent à rien, ou seulement à faire plaisir à celui qui donne. Il y a enfin des « cadeaux » carrément nuisibles parce qu’ils maintiennent des liens de dépendance mentale et pas seulement économique. Ce sont des facteurs d’aliénation culturelle, technique et financière. Si les réalisations « concrètes » des jeunes, étaient présentées comme « secondes » par rapport à la rencontre d’êtres humains à êtres humains, qui serait toujours placée au premier plan, si la recherche d’une « utilité » matérielle n’était plus valorisée comme le but principal du projet au profit d’un dialogue qui produit enrichissement mutuel, nous augmenterions de beaucoup la qualité des séjours. La mise en valeur de la part gratuite des échanges entre les peuples serait plus explicite, la production réciproque de connaissances serait plus formelle et intelligible, et ainsi l’enrichissement personnel et collectif serait, de beaucoup, plus grand... et commencerait alors à s’installer les bases d’une attitude solidaire... Mais il est indispensable, pour cela de dire la vérité aux jeunes lors de la mise au point de leur projet. Il faut les soutenir ici lors de l’élaboration de leurs « raisons » d’aller là-bas, sur place, pour les aider à accéder à la vie des autres, qui, sans une aide compétente sur place qui guidera leur regard et traduira l’incompréhensible, resterait dans l’invisible et le préjugé. Il faut, au retour intégrer leur expérience dans leur vie, et qu’ils en tirent une pensée élaborée ce qui ne peut se faire qu’en passant au langage. C’est long. C’est un travail d’éducation... C’est le rôle de l’accompagnement. Il doit être mis en place ici, avant et après, et bien entendu sur place pendant le séjour, grâce à un interlocuteur, véritable partenaire « pédagogique », choisi avec soin. Le projet devient alors un parcours de découverte, un « voyage mental », comme un moment « initiatique », qui, dans la vie des jeunes, aura des conséquences sur le long terme, et qui contribuera à leur faire prendre conscience du monde.