Atelier « Économie Solidaire et Politiques Publiques »

Etaient présent.es :

  • Annie Berger – Ardes
  • Damien Restout – Communauté de Commune Seine Vallée de Caux
  • Jacques Dughera
  • Alain – Monnaie Locale du Bessin
  • Jean – Glitch Lab
  • Michele – Lion Environnement
  • Igor Loubbof – Ressourcerie les Fourmis Vertes à Flers
  • Catherine Peltier
  • Georges Menahem
  • Héléne Freret – Ardes – Jardin Partagé de Mondeville
  • Herve Bernard – Ardes
  • Pascal Gourdeau – Ardes

Objectif de l’atelier:

Quelle stratégie collective de la part des acteurs de l’Économie Solidaire en vue d’influencer les programmes des listes en vue des prochaines élections municipales ?

Annie donne la parole à Damien Restout, chargé de mission Emploi-Formation à la Communauté de Communes Seine Vallée de Caux. Damien décrit les spécificités de ce territoire (50 communes/ 3 pôles urbains de plus de 10000 habitants et des communes rurales/ 77000 habitants /un bassin industriel pétrochimique/ des fermetures d’usine depuis 2008 et un chômage en hausse)

La question de la création d’emploi a été dés cette époque envisagée par le biais de l’ESS.
Des groupes de travail réunissant élus locaux, acteurs de l’IAE, le tissu associatif soit une dizaine de parties prenantes ont abouti à considérer plusieurs filières porteuses d’emploi dans le champ de l’ESS à développer, ce en 2012 ( maraîchage/recyclage/bois énergie/Mobilité). Cette démarche a été rendue possible car une élue l’a fortement portée.

En 2018, force est de constater qu’il a été difficile de créer de l’activité dans toutes ces filières potentielles bien que 50 emplois aient été consolidés dans le secteur de l’insertion (recyclage). Néanmoins une activité de maraîchage a débuté, un service de mobilité sera mis en place en 2018. Une ressourcerie salariant 8 personnes a été également créée. Enfin Damien évoque la Loi Notre qui réduit la capacité d’intervention directe des communes (soutien financier), il informe que le territoire souhaite s’engager dans le projet national Territoire Zéro Chômeurs Longue Durée.

Puis Jacques Dughéra revient sur la mission qu’il a mené à Lille de constitution d’une politique ESS portée par la Métropole Urbaine (1,5 million d’habitant avec 4 grands centres urbains Lille/Roubaix/Tourcoing/ Villeneuve d’Ascq et beaucoup de communes rurales). Un programme local ESS avait déjà été mis en place par la ville de Lille et particulièrement son adjointe Christiane Bouchard. Un comité de pilotage a été constitué, 10 réunions concernant 10 thématiques (Habitat et ESS/ Éducation et ESS/Emploi et ESS …) ont été réalisées. Il considère que les politiques publiques sont des facilitatrices de maillage et d’assemblage entre des acteurs se méconnaissant ou se positionnant en concurrent. Il prend l’exemple du travail de synergie réalisé avec 3 universités qui a abouti à la création d’un comité scientifique puis à la création d’une Chaire ESS travaillant sur les Communs.

Il prend un second exemple qui s’est, de son point de, vue conclu par un échec. Il s’agit de la tentative de créer une Scic (Société coopérative d’intérêt collectif) réunissant différents acteurs du secteur de recyclage (le Relais, 9 ressourceries, Envie). Cette tentative de création d’une Scic a évolué vers la création d’une SEM (Société d’Économie Mixte) de gestion de la filière avec une place importante occupée par les élus au détriment des acteurs de l’ESS. Il en retient qu’une co-construction de politiques publiques dépend aussi de la volonté des acteurs de l’ESS de s’y impliquer. Le travail de co-construction avec les différents acteurs mobilisés a produit un plan d’actions sur 4 ans. Un « Appel à Territoires » concernant 84 communes a été lancé par la Métropole. Jacques pense qu’il faut éviter de focaliser ces démarches de co-construction uniquement sur le volet emploi mais qu’elles doivent être transversales.

Hervé quant à lui met en garde sur le risque de dévitalisation des initiatives citoyennes quant elles sont amenées à se conformer aux cadres réglementaires des politiques publiques

Michel de l’association Lion Environnement revient sur son expérience dans le cadre des dernières élections municipales d’interpellation des habitants. Il constate la difficulté à mobiliser la population, que ces démarches de démocratie participative sont d’abord déstabilisatrices, qu’elles obligent à des changements de comportements individuels et collectifs. Par ailleurs il pointe la réduction de la capacité d’initiatives des communes au bénéfice des intercom et agglo.

Pascal décrit alors la démarche CODEPAL, portée par 5 associations ou collectifs citoyens du Calvados incluant à la fois des élus au pouvoir, des élus de l’opposition, des citoyens.
L’objectif est de favoriser l’émergence de listes citoyennes ou d’influencer des listes de candidats aux prochaines élections municipales, ce par la mise en place d’un cycle de rencontres avec des élus ayant engagé voire réussi à mettre en place une politique de développement de la démocratie participative sur leur territoire. Il poursuit en précisant qu’une première étape du processus de sensibilisation et mobilisation de la population peut être d’engager une mise en débat public sur un thème porteur pour le territoire (ex: à Louvigny, une démarche de mobilisation des habitants s’engage sur la thématique du « Bien Vieillir ») plutôt que d’opter pour une mise en œuvre d’une politique globale.

Annie alors intervient pour relater son expérience de conseillère municipale et communautaire à Caen et Caen La Mer. A Caen, elle a constitué une commission extra municipale réunissant un certain nombre d’acteurs de l’ESS impliqués sur le territoire caennais en vue de co-construire une politique publique. Elle a constaté plusieurs difficultés :

  • une concurrence entre les structures
  • un manque de moyens financiers
  • l’absence de service dédié
  • une nécessité de transversalité l’amenant à interpeller tous les élus sur le rapport entre leur champ d’intervention et l’ESS. Ainsi en 6 ans, elle n’a jamais pu réunir tous les élus.

Alain animateur du projet de la Monnaie Locale du Bessin intervient pour rappeler la difficulté d’expliquer l’ESS à la population, il pense que en premier lieu la valorisation de l’ESS est nécessaire (A quoi ça sert globalement?), valoriser aussi le bénévolat (la production de travail gratuit) et s’interroge sur la façon de mobiliser les citoyens localement ? Il propose que l’Ardes interroge les asso membres de son réseau sur la plus-value sociétale qu’elle engendre.

Igor s’interroge sur la pertinence de chiffrer à travers des indicateurs cette plus-value, chiffrage qui correspond à la culture de l’administration et qui risque au final de dévitaliser les innovations portées par l’ESS. Il préférerait que la valorisation de l’ESS soit réalisée à partir du récit de personnes impliquées soit en tant qu’actrices soit en tant qu’usagère, en s’appuyant sur les histoires vécues. Georges indique que Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice – socio-économistes à Lille – ont mis en place des indicateurs de la richesse qui peuvent contribuer à qualifier cette plus-value sociétale.

Jacques sur l’enjeu de valorisation de l’ESS évoque l’initiative à Lille menée par l’Insee au profit de la Métropole. L’Insee a ainsi réalisé une comptabilisation de l’impact de l’activité de l’ESS par territoire de la Métropole en répertoriant l’action de 300 établissements de l’ESS sur ces territoires.

Pascal dans le prolongement de cette démarche pense qu’un test pourrait être tenté sur l’impact auprès des habitants de l’action des acteurs de l’ESS sur une commune. Il poursuit en précisant pour lui la difficulté à estimer la principale plus-value de l’ESS, la création de lien social. Comment qualifier l’utilité sociale de l’ESS ? Par ailleurs en faisant référence à la politique publique de démocratie participative menée à Kingersheim depuis plus de 20 ans, il pense que ces démarches d’acculturation collective prennent du temps et mobilisent difficilement toute la population.

Puis Annie revient sur l’objectif de l’Ardes en organisant cet atelier : co-construire collectivement un argumentaire à destination des listes électorales pour les prochaines municipales (voire européennes). L’Ardes sous réserve d’un intérêt des structures du réseau se propose de poursuivre au delà de ce temps d’atelier la réflexion entamée ce jour, par exemple en mettant en place un cycle de formation en Normandie avec par exemple une rencontre avec Laurent Fraisse chercheur et le RTES (Réseau des Territoires de l’Économie Solidaire qui regroupe prés d’une centaine de collectivités territoriales). Elle propose aussi que l’Ardes et Lion Environnement mettent en place un débat public sur cette thématique.

Hélène pour sa part évoque les Conseils de Quartiers comme possible porte d’entrée pour faire valoir des projets d’économie solidaire, c’est ce qui s’est passé à Mondeville avec la création du Jardin Partagé.

Igor lui s’interroge sur la pertinence de considérer l’ESS dans sa globalité comme une porte d’entrée, avec la difficulté déjà signifiée à la définir. Il opterait pour une entrée thématique plus facile à faire valoir.

Jean reprend en compte la proposition de Codepal qu’il considère intéressante là aussi avec une entrée thématique, il propose aussi de rebaptiser l’ARDES en Alliance Républicaine et Démocratique pour un Élan Salutaire.

Jacques alerte sur la confusion grandissante entre Économie Solidaire et Économie Collaborative. Par ailleurs il pense qu’il ne faut pas se focaliser sur l’indicateur « Lien Social » mais plutôt sur la notion de Propriété (qui est propriétaire du service?) . Pour lui l’ESS peut être définie à partir de 3 entrées : Démocratie/Économie/Propriété et du coup intégrée l’entrée des Communs.

Igor tente alors une première synthèse des échanges en proposant 3 scénarios :

  • une interpellation du territoire à partir de l’entrée ESS dans sa globalité
  • une interpellation du territoire à partir d’une entrée thématique
  • une interpellation du territoire dans le cadre de la démarche Codepal

Annie rebondit en suggérant que l’un de ces scenarii soit expérimenté sur l’agglo de Flers (lieu d’implantation de la Ressourcerie dont Igor est président), ce test pourrait aussi être organisé sur le quartier du Chemin Vert à Caen.

Igor poursuit sa réflexion en ouvrant la problématique à d’autres acteurs que ceux de l’ESS, ce qui résonne avec le propos de JL Laville indiquant que des alliances doivent se faire entre ESS et certains acteurs économiques locaux (ex : les PTCE – Pôle territoriaux de coopération et d’emplois).Pour lui l’ESS doit être déclencheuse et rassembler largement citoyens ,élus , acteurs de l’ESS et autres acteurs économiques du territoire. Enfin il fait part d’un appel à projet lancé par la CDC dont l’objet est la formation de consortium d’acteurs sur un territoire entraînant la rédaction d’un plan de développement, ce par l’entrée Pays.

Le débat s’achève sur un avis de Damien qui note « l’écart abyssal entre le niveau d’échange de l’atelier et l’absence de réflexion de ce type dans sa collectivité territoriale » (manque de temps entre autre).

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